
Le coton togolais entame progressivement une nouvelle trajectoire industrielle. À la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA), cette matière première agricole se transforme désormais en fil, en tissu et en vêtements destinés aux marchés internationaux.
Transformer localement les matières premières agricoles afin de créer davantage de valeur et d’emplois : la création de la PIA s’inscrit dans cette stratégie.
Dans cette vision, le coton a largement sa place, et même une bien plus grande. L’objectif n’est plus seulement de produire du coton, mais de bâtir une industrie capable de le transformer en produits finis destinés à l’exportation.
Montée en puissance des investissements
L’installation prochaine de Novarea Textile et de Togo Apparels Source (TAS) confirme cette évolution industrielle. Les deux entreprises annoncent environ 1 800 emplois directs, principalement dans la transformation et la confection textile, renforçant une dynamique qui commence déjà à produire ses effets sur l’économie locale.
Plusieurs entreprises installées à la PIA contribuent déjà à structurer la filière. La société Togo Clothing Company (ITC) a engagé un investissement de 35 millions de dollars, soit environ 21 milliards de francs CFA, avec des exportations annuelles attendues de 40 millions de dollars (près de 24 milliards de francs CFA). L’entreprise prévoit la création d’environ 2 000 emplois, participant à la formation d’une nouvelle génération de travailleurs industriels.
Dans le même mouvement, Star Garments, à travers le projet Renaissance Togo, a réalisé un investissement de 15 millions de dollars (environ 9 milliards de francs CFA). L’usine prévoit 2 000 emplois en phase initiale, avec une projection pouvant atteindre 4 520 emplois d’ici 2030. La montée en puissance de cette industrie se reflète dans les chiffres du commerce extérieur.
Des exportations textiles en progression
En 2023, les exportations togolaises de produits textiles et d’articles d’habillement ont atteint 31,8 milliards de francs CFA, selon les données de la BCEAO. Ce niveau représente une hausse de 30,7 % par rapport aux 24,34 milliards de francs CFA enregistrés en 2022.
Datcha, l’ancienne unité textile Togotex, spécialisée dans la confection d’uniformes militaires, a repris ses activités en octobre 2023. Depuis sa remise en service, elle a produit plus de 30 000 uniformes et plus de 60 000 articles textiles, illustrant la relance progressive du secteur.
Pour Oxford Business Group, l’ouverture du parc textile de la PIA constitue « un atout majeur pour le développement de l’industrie textile » au Togo. Les projections donnent la mesure de cette ambition. Environ 56 000 tonnes de fibres de coton, évaluées à 73 millions de dollars (près de 41 milliards de francs CFA), pourraient être transformées en produits finis atteignant une valeur estimée à 1,5 milliard de dollars, soit environ 845 milliards de francs CFA. À terme, cette activité industrielle pourrait contribuer jusqu’à 21 % du PIB national, preuve de l’importance stratégique accordée à la transformation du coton.
De l’agriculture à l’industrie : l’enjeu d’une renaissance
Il faut tout de même préciser que la filière coton traverse des difficultés. Selon la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT), la campagne cotonnière 2024-2025 s’est soldée par une production de 60 403 tonnes de coton-graine, avec un rendement moyen de 797 kg par hectare. Ce niveau marque une baisse d’environ 9,8 % par rapport aux 67 000 tonnes de la saison précédente, et une production inférieure aux prévisions initiales de 66 000 tonnes.
C’est précisément dans ce contexte de difficultés agricoles que le développement industriel prend tout son sens. La transformation locale du coton via des unités textiles comme celles de la PIA ne se contente plus d’ajouter de la valeur : elle offre une alternative pérenne à une filière qui peine à retrouver son niveau de production d’antan.




