
Au Togo, où l’homosexualité demeure socialement condamnée et pénalement répréhensible, de nouvelles révélations mettent en lumière le cas préoccupant de Judith Ayoko Aduayom, une jeune Togolaise contrainte de fuir pour sauver sa vie. Son histoire, où s’entremêlent orientation sexuelle, tensions familiales et pratiques spirituelles ancestrales, illustre le sort de nombreuses personnes forcées de vivre leur identité dans la peur et le silence.
Selon les informations parvenues à notre rédaction, tout remontait au début de l’année 2020, en plein confinement lié au COVID-19. Judith, employée de pharmacie à Lomé, fait alors la connaissance d’Élise, une Brésilienne de passage au Togo. Entre les deux femmes naît une relation amoureuse qui dure jusqu’au retour d’Élise au Brésil en 2022, laquelle espérait être bientôt rejointe par sa compagne togolaise.
Mais Judith, très attachée à sa mère, refuse de quitter le pays. Cette décision provoque la colère d’Élise, qui la menace de révéler leur relation à sa famille, une menace qu’elle finit par mettre à exécution, photos intimes à l’appui. Les tensions s’aggravent lorsque Judith entame une nouvelle relation avec une Ivoirienne prénommée Florence, vendeuse de friperies à Lomé.
Le père de Judith, Edoh Aduayom, profondément attaché aux traditions et aux cultes ancestraux, aurait accueilli ces révélations avec fureur. Selon des sources proches du dossier, il a immédiatement imposé à sa fille, l’arrêt de toute relation homosexuelle, des cérémonies de « purification » à base de tisanes et d’incantations, ainsi que son intronisation prévue en décembre 2025 comme prêtresse des divinités familiales.
Privée de sortie pendant plusieurs jours, d’après des sources proches du dossier, Judith a « subi ces rituels sous contrainte, sans pour autant renoncer à sa relation avec Florence ».
Lorsque la famille découvre qu’elle continue de voir sa compagne en secret, la situation bascule dans la violence. Des proches auraient incité des jeunes du quartier à « punir » la jeune femme. Judith est passée à tabac et transportée d’urgence à l’hôpital. Florence, de son côté, disparaît par crainte d’être arrêtée après des menaces visant à la faire emprisonner.
Affaiblie mais toujours sous pression, Judith reçoit alors un avertissement catégorique : son intronisation aura lieu coûte que coûte en décembre, et tout refus entraînerait des représailles spirituelles, voire la mort, selon les menaces rapportées.
Face à une situation devenue intenable et sans protection légale, l’homosexualité étant criminalisée au Togo, la jeune femme finit par s’enfuir. Sa famille, à l’exception de sa mère qui plaide pour l’arrêt des persécutions, déclare vouloir la retrouver pour « laver l’honneur souillé » de la lignée.
Ce cas, loin d’être isolé, met en lumière la vulnérabilité des personnes LGBTQ+ au Togo, souvent contraintes à la clandestinité ou à l’exil. Ces faits sont récurrents au Togo. En témoigne le cas AMEGASSI Adzo Rosine, qui a disparu depuis quelques mois déjà et dont la famille est sans nouvelles. Le pays, qui maintient officiellement sa position contre l’homosexualité lors des examens périodiques universels de l’ONU, peine à assurer une protection minimale aux personnes ciblées pour leur orientation sexuelle.
La situation de Judith interroge. Que se passera-t-il si sa famille la retrouve surtout avec les menaces de mort qui pèsent sur elle ?
Et combien d’autres vivent dans la peur, réduits au silence dans un pays qui se présente pourtant comme défenseur des droits humains ?




