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Le parrainage des candidats au Bénin : entre filtre démocratique et verrou politique

Par Michel Ayitou, Juriste

 

Au Bénin, le système de parrainage institué pour les élections présidentielles se présente comme un instrument de rationalisation du jeu politique. En théorie, il vise à éviter la prolifération de candidatures fantaisistes et à garantir une certaine représentativité des prétendants à la magistrature suprême.

En pratique, il soulève des interrogations majeures sur l’équilibre entre l’exigence de sérieux et la préservation du pluralisme démocratique.

Depuis la réforme électorale de 2019, tout candidat à la présidence doit obtenir le parrainage d’un nombre déterminé de députés et de maires. Ce dispositif, bien qu’inspiré d’expériences étrangères, prend une tournure singulière dans le contexte béninois, où la quasi-totalité des élus locaux et parlementaires appartiennent à la mouvance présidentielle.

Cette configuration confère au parrainage une portée éminemment politique, transformant ce qui devait être un simple mécanisme de filtrage en levier de contrôle du champ électoral.

Le cas récent du parti Les Démocrates, confronté au retrait d’un parrainage crucial, illustre parfaitement cette tension.

Juridiquement, la perte d’un seul parrainage suffit à rendre caduque la candidature, le Code électoral ne prévoyant pas de mécanisme de substitution ni de délai de régularisation.

La conséquence en est lourde : une formation politique entière peut se voir écartée de la compétition pour un acte isolé, individuel et souvent motivé par des considérations politiques.

Sur le plan juridique, la question se pose de savoir si un parrainage, une fois accordé, peut être librement retiré. En l’absence d’une disposition claire sur ce point, le juge électoral se trouve face à un dilemme : concilier la liberté du parrain, en tant qu’élu souverain, avec la sécurité juridique du processus électoral. Une telle incertitude fragilise la stabilité du scrutin et ouvre la voie à des interprétations contradictoires.

Au-delà de la technique juridique, le débat sur le parrainage révèle un enjeu plus profond : celui de la confiance dans l’inclusivité du système démocratique béninois.

Lorsque le droit devient un instrument de restriction plutôt qu’un garant d’équité, la légitimité du processus électoral s’en trouve altérée. La démocratie béninoise, jadis citée en exemple, se voit alors confrontée à une épreuve de maturité : celle de concilier la rigueur institutionnelle avec la diversité politique.

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