Par Michel M. Ayitou, Jurisconsulte
Depuis mon village natal, mes parents ont suivi avec une attention quasi religieuse le procès opposant M. Constant Mutamba, ancien ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, au ministère public près la Cour de cassation de Kinshasa. L’affaire, qui a tenu en haleine la République tout entière, a connu son épilogue ce mardi 2 septembre 2025.
La Cour a reconnu l’ancien ministre coupable de détournement de fonds publics et l’a condamné à trois années de travaux forcés. Pour les magistrats, la gestion de dix-neuf millions de dollars américains destinés à la construction d’un établissement pénitentiaire à Kisangani a révélé des irrégularités graves, contraires au Code de la commande publique et attentatoires à la probité de l’État.
La lecture de mes parents
À la maison, le verdict n’a pas été accueilli comme une surprise. Pour mes parents, il s’agirait moins d’une simple décision de justice que d’un règlement politique : M. Mutamba, outre son mandat de député, avait récemment brigué la magistrature suprême face au président Félix Tshisekedi. Leur conviction est que ce jugement s’inscrit dans une dynamique de neutralisation des opposants.
Des sanctions lourdes et dissuasives
Au-delà de la privation de liberté, la Cour a prononcé des mesures d’exclusion politique :
– interdiction d’exercer toute fonction publique ou para-étatique;
– privation des droits civiques;
– inéligibilité pour cinq années à compter de la fin de sa peine;
– restitution intégrale des fonds détournés, assortie des frais de justice.
Le ministère public, rappelons-le, avait requis dix ans de travaux forcés et une radiation définitive de la vie publique. La juridiction a donc retenu une sanction moins lourde, mais dont la portée politique demeure incontestable.
Un verdict au goût amer
Je l’avoue, je n’ai pas toujours compris les subtilités de ce procès, tant le langage judiciaire peut paraître hermétique. Mais qui suis-je pour critiquer une Cour de cassation ? Mes parents, quant à eux, ont une lecture simple : « Nous parlerons directement au Président de la République pour qu’il accorde sa liberté à Constant », ont-ils déclaré avec une assurance mêlée de foi.
Entre droit et perception populaire
Au-delà du jugement, il subsiste un paradoxe. Si, pour les juges, M. Mutamba a porté atteinte à la probité publique, pour une frange de la population, il demeure une figure qui a marqué le secteur judiciaire, suscitant l’estime des citoyens et parfois même la considération du chef de l’État.




